Bob Iger et l’industrie du divertissement

Bob Iger, l’homme qui murmurait à l’oreille des créatifs

J’étais heureux de retrouver Bob Iger parmi les personnalités récemment honorées par Time Magazine, pour la simple et bonne raison que j’avais tout récemment terminé la lecture de son passionnant bouquin « The ride of a lifetime ».

Bob Iger in Time Magazine
Businessman de l’année
Bob Iger and Baby Yoda
Bob Iger par Tim O’Brien

Bob Iger
Robert Iger — The Ride Of A Lifetime

Alors que Greta Thunberg se retrouve assez justement en couverture du magazine comme étant la personnalité la plus « influente » de l’année 2019, Bob Iger est quand à lui crédité de « Businessperson of the year ».
Mais alors qui est ce Robert Iger ? C’est l’actuel PDG de Walt Disney Company, et ce depuis 2005. Autant vous dire qu’il est aux commandes d’une industrie florissante : le divertissement et la création de contenu.

Bob Iger
CEO de Disney

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Pourtant, je ne suis pas particulièrement la cible des récentes productions Disney.
Je n’ai encore jamais vu la Reine des Neiges, ni le 1 ni le 2, et je suis totalement hermétique aux films Marvel.
Mais en tant qu’illustrateur, j’ai toujours été intéressé par Disney, que ce soit par le parcours de Walt Disney lui-même que par les longs métrages qu’il a supervisé.

Mais je suis également très intéressé par les méthodes de management de ces grosses compagnies qui créent du divertissement dans les domaines artistiques. Certains n’y voient qu’une machine à fric, c’est aussi une industrie qui est capable de faire exister des projets ambitieux et qui emploie bon nombre de créatifs extrêmement talentueux.
Après on peut évidemment ne pas être en adéquation avec les choix artistiques qui sont faits. Mais le côté chef d’orchestre, personnellement moi ça me fascine.

Avant Bob Iger, Micheal Eisner

J’avais été passionné par Le Royaume enchantée de James B. Stewart, livre qui retraçait la période du studio de 1984 à 2004.

Disney période Eisner/Kassensberg
Michael Eisner redonne le sourire à Mickey

Quand Michael Eisner prend ses fonctions en tant que nouveau PDG de chez Disney, le studio est au bord du gouffre. Eisner, grâce à son talent et à son management féroce et habile, va enchainer les succès et ainsi redonner le sourire à Mickey et à ses actionnaires.
Le livre évoque les luttes de pouvoir, les trahisons internes à coup de manipulations et de machinations de toutes sortes.
Au fil des années, la belle machine s’enraye. Il est alors temps de nommer un nouveau PDG.

Faire face à ses choix

Robert Iger retrace son ascension avec une certaine honnêteté. Ce qui est particulièrement intéressant c’est qu’on constate une nouvelle fois qu’un parcours de vie c’est le résultat d’opportunités qui sont saisies ou non. C’est aussi parfois une histoire de chance, si tant est qu’elle existe.
Je pense qu’il faut surtout se trouver au bon endroit, au bon moment, et avec les bonnes personnes. Et ce livre en est la démonstration.

C’est avant tout une affaire de choix, qui vont nous faire prendre une direction plutôt qu’une autre. Et c’est ce que raconte très bien Bob Iger dans son bouquin.

Ce livre n’est d’ailleurs pas véritablement une autobiographie, mais plutôt l’histoire d’un homme face à ses responsabilités. Mais c’est aussi un livre sur le management, et le rapport parfois conflictuel avec les collaborateurs.

C’est chez ABC qu’il apprend le métier

Bob Iger
Robert Iger chez ABC

Il commence comme simple Monsieur météo sur des chaine de TV locales, avant de se faire recruter par ABC.
Bosseur, il fait rapidement ses preuves, et va progressivement gravir les échelons. Son professionnalisme et son sérieux vont lui permettre d’être nommé PDG d’ABC.

C’est à ce moment-là du livre que je me suis demandé comment on passe d’ABC à Disney. Le secteur d’ABC me semblait plutôt éloigné du business de Disney. Je ne voyais pas ce qui pouvait le conduire à Disney.
Mais ce qu’il se passe, et on en revient à cette histoire d’opportunité et de chance, c’est qu’en 1996 Disney fait l’acquisition d’ABC.

Voici donc Iger entre les mains de Mickey.

Disney achète Pixar

C’est en 2005, avec le soutient de Michael Eisner, qu’il devient le nouveau CEO de Disney.
(Vous remarquerez que je suis passé de 1996 à 2005 en un rien de temps. Vous vous doutez bien qu’il se passe beaucoup de chose dans la vie de Robert Iger pour que des personnes aussi responsables et sérieuses décident de lui donner les commandes de l’Empire Disney. Mais je ne vais quand même pas tout vous raconter).

Sa première idée, jugée totalement folle par bon nombre de ses collaborateurs, c’est le rachat du studio PIXAR.

A cette époque PIXAR est au top du succès et est synonyme d’innovation et de qualité. Tout l’inverse de Disney qui ne fait plus rêver grand monde.

Durant cette période Disney avait uniquement le rôle de distributeur pour les films Pixar. Mais très rapidement, il y a eu de plus en plus de tension et de désaccords entre les deux studios.
Et ce n’est pas Steve Jobs, actionnaire majoritaire de PIXAR, qui se dit prêt à négocier.
Pourtant, Bob Iger, et c’est aussi sa force, va réussir à convaincre le patron d’Apple de vendre le Studio à Disney.

La principale crainte de Pixar était de perdre son âme et d’être totalement dévoré par Disney. Ce qui aurait été totalement incompréhensible et stupide. Pourquoi dépenser 7,4 milliards de dollars si le but était de faire disparaitre ce qui en représentait sa valeur !
Acheter Pixar c’était pour Disney acheter un savoir-faire, un état d’esprit, mais aussi un type de management qui lui avait jusqu’à maintenant si bien réussi.

Bob Iger et John Lasseter
Robert Iger & John Lasseter

Bob Iger et son amitié pour Steve Jobs

Dans ce livre The ride of a lifetime, il est également beaucoup question de Steve Jobs et de l’amitié qui a fini par s’instaurer entre les deux hommes.

On sait que le patron d’Apple n’était pas une personne facile, que ce soit avec son entourage, sa famille et ses employés.
Après le rachat de Pixar, il devient le principal actionnaire de Disney, avec des parts s’élevant à 7%. C’est la raison pour laquelle il n’hésitait pas à donner son avis sur la société et sur les films produits.
Comme ce jour où il a téléphoné à Iger, tout juste après avoir vu Iron Man 2 en compagnie de son fils, pour lui dire qu’il avait trouvé le film très mauvais.

I took Reed to see Iron man 2 last night. It sucked.

Steve Jobs
Bob Iger et Steve Jobs

Mais il y a aussi cette scène surréaliste, à quelques minutes de l’annonce du rachat de Pixar par Disney, quand Steve Jobs fait cette confidence à Robert Iger : La récidive de son cancer pancréatique.

On comprend alors que dans le package PIXAR il y avait évidemment tout le savoir faire des créatifs, ainsi que la culture même de l’entreprise. Mais ça comprenait aussi le management de dirigeants influents que sont John Lasseter, Edwin Catmull, mais aussi Steve Jobs. L’éventualité d’une mort prématurée de Steve Jobs c’était en quelque sorte mentir aux actionnaires.

Pourtant Bob Iger décide de ne rien révéler et Pixar est avalé par Disney.

L’acquisition de Lucasfilm

Bob Iger & George Lucas
Robert Iger & George Lucas

Encore un chapitre intéressant du livre, le rachat de Lucasfilm par Disney, pour la modique somme de 4,05 milliards de dollars.
Ce qu’on apprend au fil des pages c’est que Lucas était d’accord pour vendre mais qu’en même temps il souhaitait garder un contrôle total sur son empire et son oeuvre. En gros, tu me signes un chèque mais tout reste en ma possession. Et Disney ne décide de rien.
Ce qui était évidemment inenvisageable pour Iger.

Lucas désirait un contrat à la Pixar. C’était devenu la référence de ce qu’était un contrat bien négocié. Sauf que contrairement à Pixar qui avait plusieurs films en cours de productions, avec des réalisateurs plus talentueux les uns que les autres, Lucas était seul à bord et n’avait aucun véritable projet sur le feu.

La pression était très forte pour J. J. Abrams qui avait la lourde tâche de réaliser le nouveau Star Wars, Le réveil de la force, premier film de la nouvelle trilogie produit par Disney.
Pour plaisanter, Iger lui fait : « Dis-toi que ce n’est qu’un film de 4 milliards de dollars ».
Il avouera plus tard qu’il avait moyennement apprécié l’humour d’Iger.

Disney+

Le lancement de la plateforme de streaming Disney+ est déjà un succès au Etats-Unis. En parcourant le livre de Bob Iger on n’en est pas plus étonné. Il avait toute les cartes en mains. Cet homme de télévision, habitué à l’industrie de l’entertainment avait parfaitement anticipé les nouveaux moyens de distribution. En faisant des choix audacieux, il a intelligemment préparé Disney dans la course à la diffusion de contenu.
Ce qui n’est peut-être pas le cas d’Apple car Tim Cook ne vient pas du tout du même secteur d’activité. Ce n’est donc pas certain qu’il soit l’homme de la situation pour développer aussi bien leur propre plateforme de streaming. Seul l’avenir nous le dira.


Evidemment il y a bien d’autres anecdotes à découvrir dans ce livre qui est passionnant de bout en bout.
Mon prochain achat, le cadeau de Noël que je me fais à moi-même, va être Disney’s Land: Walt Disney and the Invention of the Amusement Park That Changed the World  de Richard Snow.

Et puis pour ceux qui s’intéressent à Walt Disney, sans en avoir une version édulcorée, donc bien plus passionnante, il existe ce livre qui en dresse un portrait pour le moins nuancé, Walt Disney, la face cachée du prince d’Hollywood de Marc Eliot.

Laisser un commentaire