Comment apprendre à dessiner

Comment apprendre à dessiner

Les bases du dessin

L’erreur que commettent souvent les jeunes dessinateurs inexpérimentés c’est de penser que le dessin est quelque chose d’inné, et apprendre à dessiner est avant tout une histoire de don et qu’il suffit de savoir correctement tenir un crayon.
Pourtant, comme beaucoup d’autres domaines, dessiner ça s’apprend.

Alors même si je veux bien admettre que certains sont dotés de capacités que d’autres n’ont pas, qu’ils ont davantage de facilité, ce qui était probablement mon cas, j’ai constaté que parmi les illustrateurs que j’ai pu côtoyer au fil des années, amis ou simplement collègues, nous avons ce point commun d’avoir toujours dessiné, et ce depuis notre plus jeune âge.

C’est certainement un peu cliché que de dire cela, mais je pense sincèrement que l’essentiel est l’intérêt que l’on porte à la discipline.
Sans nécessairement parler d’avoir le feu sacré, il faut avoir au moins un minimum de passion pour espérer s’engager dans quelque chose de durable.

Et c’est donc en toute logique qu’on finit par progresser.

Mon prof d’Arts platiques

Crayons et couleurs

Avant d’intégrer l’école Emile Cohl à Lyon, je me souviens de mon désarroi concernant les cours d’Arts Plastiques, lorsque j’étais encore jeune adolescent au collège. Ces cours étaient dispensés par des profs qui n’avaient pas grand chose à voir avec l’enseignement du dessin. Un prof de math n’est pas forcément le meilleur candidat pour manier les crayons de couleurs.

Alors c’est avec une immense joie que j’ai accueilli en 5e, la seule et unique année, la venue d’un professeur de dessin, un vrai cette fois-ci, un réel passionné qui allait savoir transmettre son enthousiasme à l’ensemble de ses élèves, et plus particulièrement à moi.

Enseigner les bases du dessin n’est pas une chose à prendre à la légère. Les Arts se transmettent par un accompagnement. Un professeur de dessin agit comme un éclaireur qui indique des pistes. Libre à vous de les suivre ou non.
Le dessin demande une initiation, il est donc très important de trouver celui qui saura vous inculquer les bases, les fondations solides à votre apprentissage.

Ce professeur a su reconnaître en moi un début de talent.
Quand on est jeune et encore incertain sur son devenir, les quelques rares encouragements sont les bienvenus.

Il a été ce premier élan.

Apprendre à dessiner en acquérant les bases

Parmi les conseils qu’il nous a prodigué, alors que les vacances approchaient à grand pas, il en est un qui m’est particulièrement resté :

Apprenez à regarder et à observer ce qui vous entoure.

Ça a dû paraître un peu stupide pour mes camarades de classes, pour moi ça a été un déclencheur. Sans véritablement comprendre ce qu’il entendait par là, je l’ai gardé dans un coin de ma tête. Et progressivement j’ai compris son importance. Car c’est peut-être bien l’essentiel. Se former au dessin c’est avoir une aptitude à observer. On croit souvent savoir le faire, mais c’est généralement faux.

À votre avis, quelle est la différence entre une personne qui sait dessiner et celle qui ne le sait pas ? C’est généralement quelqu’un qui sait observer et retranscrire ce qu’il voit.
Je ne parle pas du talent artistique, et de l’univers graphique que l’on peut développer par la suite. Je n’évoque ici que l’apprentissage classique du dessin, car avant d’avoir la prétention de s’exprimer selon nos propres termes, il faut acquérir un support sur lequel on va pouvoir s’appuyer. Devenir suffisamment à l’aise avec la discipline, et s’exprimer de façon sincère et honnête.

Un écrivain c’est quelqu’un qui passe d’abord par une parfaite maitrise de la langue avant de prétendre pouvoir écrire un roman.

Petit exercice de mémoire

Si à l’instant, et sans tricher, je vous demande de dessiner le visage de l’un de vos proches. De mémoire, une personne que vous côtoyez tous les jours.
Vous l’avez forcément en tête puisque c’est une personne que vous êtes censé bien connaitre.

Prenez une feuille et tentez l’expérience.

Bon, je le reconnais, je suis un peu dur avec vous, car ce n’est pas un exercice facile. Même pour moi.

Mais c’est amusant d’essayer, car vous verrez que la prochaine fois que vous croiserez cette personne, vous allez la regarder autrement.
À table avec vos parents. Au petit déjeuner votre copain, votre copine. Devant la télé, avec votre frère ou votre soeur.

Vous regardez ce nez que vous imaginiez différent.
Ce menton qui n’est pas tout à fait fidèle à vos souvenirs.
La forme du visage que vous n’aviez jamais véritablement observée.
Apprendre à regarder les gens qui vous entourent, n’est-ce pas déjà là l’essentiel ?

Passons désormais à un autre exercice…

Crayonner un éléphant

Et si je vous demandais maintenant de me dessiner un éléphant.
Un exercice qui semble cette fois-ci beaucoup plus facile. Car on a tous en tête l’apparence d’un éléphant. Fermez les yeux. Vous le voyez ? Deux grandes oreilles, une trompe, un corps massif. On aura peut-être le réflexe de lui faire des défenses.
Allez-y ! Et une nouvelle fois sans tricher !

Il est possible que le résultat ressemble plus ou moins à celui-ci :

Comment dessiner un éléphant
Comment dessiner un éléphant

On va dire que dans l’imaginaire collectif, un éléphant peut effectivement ressembler à ça.
À quelques détails près.

Ou bien alors, vous faites partie de ces personnes qui renoncent très vite et qui dans abandon total de dignité se mettent à gémir « De toute façon je suis nul(le), la création ce n’est pas pour moi, je n’ai aucun talent, blablabla ».

Pour un peu plus de théâtralité vous pouvez même jeter vos crayons au ciel et verser quelques larmes.

J’aurais presque envie d’applaudir.

Et si maintenant vous alliez plutôt voir à quoi ressemble réellement un éléphant ?

Cliquer sur la vignette ci-dessous :

On peut donc regarder un peu plus attentivement comment se construit la silhouette du mammifère. Où se situent ses yeux, sa bouche. Comment la tête s’accroche au reste du corps, et la trompe qui s’inscrit dans le prolongement de la tête, etc…

Le dessin d’observation

Comment apprendre à dessiner passe le plus souvent par le dessin d’observation, que ce soit dans les écoles d’Art, dans des cours particuliers ou les ateliers du soir. Une pratique qui n’est pas facile, souvent fastidieuse, rarement très excitante. Mais il faut généralement en passer par là.

Se focaliser sur des natures mortes comme sur le modèle vivant.

Durant ces séances, on attache souvent une importance à l’éclairage, afin de faire naitre un jeu d’ombres et de lumière, pour percevoir ainsi davantage les volumes.

Je me souviens de nos séances de volume en terre glaise. C’était une manière d’appréhender un objet en le concevant en 3 dimensions. Tourner autour du sujet, c’est comprendre comment les éléments se rattachent entre eux. Voir ce qu’il se passe derrière c’est mieux comprendre ce qu’il se passe devant. Envisager ce qui n’est pas visible pour mieux construire ce qui nous fait face.

Croquer une pomme

Si je vous demande maintenant de me dessiner un pomme, il y a de fortes chances pour que le résultat manque de volume.
Vous aurez essayé de restituer l’apparence générale du fruit, en vous appliquant au mieux, avec la langue qui dépasse sur le côté, assurément concentré.
Malheureusement, votre pomme semble plate.

On peut faire l’essai si vous voulez. N’importe quel fruit rond fera l’affaire.

Alors ? Je vais vous avouer une chose, j’ai mis un certain temps à comprendre la notion volume et comment je pouvais le restituer.
Je m’attardais sur la matière, mais ça paraissait toujours aussi plat, alors qu’en réalité, il fallait faire abstraction de la couleur. Ne voir le fruit qu’en noir et blanc. Si la lumière vient de droite, alors il est fort probable que zone d’ombre se crée à l’opposé. À moins qu’une source de lumière vienne corriger cette ombre. Les photographes de studio cherchent souvent à gommer les ombres par un savant travail d’éclairage, pour mettre en valeur un visage.

Oubliez les tâches et effets qui font généralement la beauté d’une pomme. Ne vous souciez pas de sa ligne ni de sa forme, cherchez simplement un restituer le volume, comme si étiez en train de la sculpter.

L’ébauche d’un nu

Lorsque vous souhaitez dessiner une personne, dans son intégralité, quelque soit sa posture, il faut que vous essayez de penser autrement.

Il faut que vous arriviez à simplifier la complexité de ce corps, en le remplaçant par un enchevêtrement de formes. Ronds, carrés, rectangles et triangles.
Mais aussi de lignes, droites et courbes qui circulent autour de ce corps.

N’est-ce pas plus simple de procéder ainsi plutôt que de vous perdre dès le début sur des détails complexes et le plus souvent inutiles ?
Vous allez vous attarder, bloquer sur une partie compliquée, et risquez de rester immobilisé sur la bande d’arrêt d’urgence.

Cherchez à aller à l’essentiel, en ignorant les détails. Réservez-Les pour plus tard.

Et puis, progressivement, avec davantage d’assurance et de pratique, vous allez pouvoir, en quelques coups de pinceaux, retranscrire l’essentiel d’une pose.

Cette sensation du lâcher prise me parait essentielle dans le plaisir de dessiner. On cherche trop souvent à s’appliquer. C’est la raison pour laquelle il faut commencer par des poses longues, pour tout doucement, glisser vers des poses plus brèves et rapides.


  • Apprenez à observer ce qui vous entoure
  • Prenez l’habitude du carnet de croquis
  • Simplifiez ce qui vous apparait complexe
  • Envisagez le noir et blanc avant d’aborder la couleur
  • Disciplinez-vous, dessinez souvent
  • Prenez du plaisir, ce n’est jamais que du dessin

L’apprentissage du dessin s’inscrit dans la durée. Si une pratique régulière apportera toujours des résultats, un professeur de dessin saura corriger de mauvais réflexes et vous enseigner les bons gestes.

Il sera surtout celui qui vous aiguillera, en libérant votre force créative.

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