Comment de ma passion pour le dessin je suis devenu illustrateur

Bien avant de choisir la voie qui me mènera à celle d’illustrateur, et encore bien avant de formuler un quelconque désir de profession, je savais au moins une chose : J’aimais dessiner.

Mais était-il possible d’en faire un métier, et qui plus est, d’en vivre ?

En me retournant sur mon parcours professionnel, si je devais en tirer une To-Do List imaginaire de mes débuts, peut-être que ça donnerait plus ou moins ceci :

  1. Faire de sa passion pour le dessin un premier choix
  2. Trouver sa voie
  3. Intégrer une école d’Art et apprendre
  4. Alimenter son book
  5. Démarcher les agences
  6. Trouver ses premiers clients
  7. Obtenir le statut d’illustrateur freelance
  8. Développer son propre style graphique
  9. trouver un agent d’illustrateurs
  10. Devenir illustrateur à plein temps
  11. Anticiper le ralentissement de l’activité
  12. Gérer tant bien que mal le creux de la vague
  13. Devoir se réinventer
  14. Avoir l’envie de rebondir

Dans le bric-à-brac de la mémoire

Si la mémoire me joue parfois des tours, un épisode marquant de ma jeunesse me replonge en CM1, CM2, lorsque je découvre dans la bibliothèque de la salle de classe, parmi une collection de fascicules des professions, celui consacré au métier de dessinateur de bandes dessinées. Ils expliquent en détail en quoi cela consiste, et articulent leur dossier autour du dessinateur André Chéret, papa de Rahan, fils des âges farouches. On y voit les différentes étapes de la réalisation d’une planche de Bd, le crayonné, l’encrage, la mise en couleur.

Je trouve ça magnifique. Je suis absorbé par la lecture. Pour la première fois je réalise qu’il est possible de faire de sa passion pour le dessin un métier. Je veux moi aussi devenir dessinateur de bandes dessinées.

L’apprentissage du dessin

Bien plus tard, après des études plus que moyennes, je finis par intégrer l’école de dessin Emile Cohl qui forme à cette époque principalement ses élèves à devenir illustrateur pour la presse jeunesse, créateur de films d’animations, ou bien sûr dessinateur de bandes dessinées.

Durant 5 ans je vais apprendre les bases du dessins, ses différentes techniques et outils. Dès notre entrée on nous demande d’oublier le peu que l’on connaît, à déjà gommer nos tics naissants. Certains les garderont pourtant du début à la fin.

Première déception

Alors que je prends énormément de plaisir dans l’apprentissage du dessin, paradoxalement je me détourne assez rapidement de la bande dessinée. Le prof qui est censé nous transmettre son savoir communique maladroitement sa passion. Il s’attarde trop souvent sur nos erreurs, nous demande à chaque fois de recommencer. Je perds goût à l’exercice. Pour moi le dessin va rapidement prendre le dessus sur le reste.

J’apprends aussi assez rapidement qu’il y a des gens bien meilleurs que moi, et que je ne peux rien y faire. Heureusement, je découvre en même temps que ce ne sont pas toujours les plus intéressants.

Moi ce qui m’intéresse c’est la singularité du dessinateur. Qu’il ait sa patte. A cette époque je m’intéresse à la figuration libre, et particulièrement à l’artiste Keith Haring. Il ne colle pas à ce que l’école essaie de nous enseigner. Heureusement, la prof d’histoire de l’Art n’est pas de cet avis, et semble beaucoup plus ouverte à un élan plus neuf.

Mais avant d’avoir la prétention de m’exprimer en tant qu’individu, avec un univers qui m’est propre, il me faut encore travailler. C’est la politique de l’école, et je suis tout à fait en accord avec elle : Être suffisamment à l’aise avec le dessin avant d’avoir l’autorisation de développer son propre monde.

Trouver son style graphique en illustration

Dernière année : Cette fois-ci on nous demande de développer notre originalité. Je suis bloqué, je ne sais plus quoi faire. C’est limite la déprime. Je suis loin d’être le seul. Je trouve que tout le monde dessine pareil, que l’école a créé des clones. Ça ne m’intéresse pas. Moi je veux exister autrement, avec mon propre style. Sauf que je n’ai encore aucun style. Putain mais comment ça se trouve un style graphique ?!!

A vrai dire, je n’ai toujours pas la réponse. Je crois qu’il faut regarder chez les autres. Ne retenir que ce qui nous intéresse. Faire le tri. Encore aujourd’hui j’ai pour habitude de faire des dossiers, où j’y mets les artistes que j’aime. De temps en temps, je fais défiler les différentes images. Au final, ça donne une certaine cohérence. Sauf bien sûr si vous avez des goûts trop éclectiques. Ça risque d’être un sacré bordel de votre tête. Désolé mais je crois qu’un grand ménage s’impose. Vous ne pouvez pas continuer ainsi.

A Emile Cohl, je ne sais plus trop comment j’ai procédé. De toute façon, c’est évidement en dessinant que vous découvrez vraiment qui vous êtes et ce que vous aimez faire. Le dessin c’est quand même souvent une histoire de feeling. Pour moi ça a plutôt été une confirmation. Mais parfois les choses sont tellement évidentes, elles se dressent devant vous, et pourtant vous n’en percevez pas le message.

Je vénérais Keith Haring, j’aimais Picasso. J’aimais simplifier les choses. Ne pas encombrer mon dessin de détails inutiles. Alors comme il y’a désormais prescription, je peux vous l’avouer aujourd’hui, mais ça reste entre nous, je détestais ça chez mes camardes de classe. Ces dessins bien proprets, avec tous ces détails bien dessinés qui moi me fatiguaient les yeux. Je ne dis pas que qu’ils avaient tort hein. Mais moi ça m’emmerdait. Je voulais faire autre chose, autrement.

Ma période dessin au pastel sec

Illustration au pastel
Illustrateur au pastel sec

J’ai détesté le fusain. J’ai suffoqué dans cette salle de 80 étudiants en Art qui, cachés derrière leur chevalet en bois, grattaient du bâton charbonneux à intervalle régulier. Des milliers de grains de poussière qui finissaient soit dans mes narines irritées, soit dans mes yeux rougis. Le supporter était devenu un calvaire. Je me sentais sale, comme recouvert d’une couche de pollution dont j’avais constamment envie de me débarrasser.

Seule note positive au tableau, le souvenir de l’odeur du savon au parfum vanille, sur lequel je me précipitais en rentrant chez moi, juste après les cours.

Le pastel sec, c’était plus ou moins pareil, je n’aimais pas trop ça non plus.

Je n’explique donc pas le cheminement qui m’a conduit à faire du pastel sec mon principal outil de travail, du moins pendant un certain temps.

Un peu comme si je n’en avais pas eu assez assez, je demandais du rab !

Dessin au pastel
Ma période pastel sec

Maitre de son dessin

Ce qu’il s’est passé c’est que pour la première fois de ma vie j’avais enfin le contrôle de ce que je dessinais. J’étalais sur ma feuille les pastels de couleurs, et j’estompais à la main. Mes doigts glissaient comme des patineuses, composaient des figures sur le papier Ingres, et j’étais là pour les guider.

C’était un sentiment étrange mais fort agréable que de voir naitre, à mesure que j’enchainais les illustrations au pastel, un univers dans lequel je me reconnaissais.

C’est d’ailleurs depuis cette révélation que je n’ai cessé alors de courir après cela. Même en changeant de style ou de technique, j’ai toujours cherché à faire des choses avec lesquelles je suis en parfaite adéquation. Je déteste tricher ou faire semblant, juste histoire de me donner un genre, un style.

A la fin de mes 5 années d’école, je reçois mon premier encouragement. Il vient d’un professionnel invité à participer au jury, pour la remise du diplôme. Trouvant mon travail intéressant, il me conseille alors :

Il faut que tu ailles démarcher la presse.

Acquérir le statut d’illustrateur freelance

J’ai toujours aimé la presse, étant depuis toujours un gros consommateur de magazines. Ca collait donc parfaitement à ce que je voulais faire, car, autant être honnête, illustrateur pour l’édition jeunesse, ce n’était pas particulièrement vers cela que j’aspirais.

Mais concrètement, ça voulait aussi dire travailler à son compte, devenir indépendant, et je n’avais pas la moindre idées des démarches à entreprendre pour avoir le statut d’illustrateur freelance. Il faut dire qu’à cette époque l’école donnait guère d’informations, voire pas du tout. J’imagine qu’aujourd’hui ça a changé. Je le souhaite. Mais même si ce n’est pas le cas, il est quand même plus facile de trouver les infos grâce internet. Dois-je vous rappeler que je viens d’une époque où internet n’existait pas ?

De toute façon, je n’en étais pas encore là.

J’avais besoin d’étoffer mon book, et d’un portfolio capable d’accueillir mes illustrations au format raisin. Rien que ça !

Démarcher les agences de presse et de pub

J’ai commencé par dégoter les numéros de téléphone des directeurs artistiques que je pouvais trouver sur les magazines pour lesquels j’avais envie de bosser. ELLE, MARIE-CLAIRE, JALOUSE, GLAMOUR, MADAME FIGARO…

J’appelais timidement de ma province en commençant chaque appel par un ridicule :

« Excusez-moi de vous déranger.»

J’en faisais des caisses dans les formules de politesse.

Je ne dis pas qu’il faut être grossier et mal poli hein ! Mais franchement, ça faisait quand même un peu trop mec qui s’excuse de tout et surtout d’exister.

Alors même si parfois on ne voulait tout simplement pas me recevoir, généralement, j’arrivais quand-même à obtenir des rendez-vous.

J’ai fait de nombreux trajets sur Paris. Je courais d’une adresse à une autre. A cette époque j’aimais bien l’énergie de la capitale. Prendre le métro me plaisait. Si ce n’est que j’ai détesté trimballer ce fichu portfolio presque plus grand que moi. Je ne vous explique même pas le bordel que c’était pour ne serait-ce trouver un bout de place sur les bureaux déjà archi rempli des filles de l’agence.

L’accordéoniste jouait des airs qui ne parlent généralement qu’aux touristes ou aux exilés. La musique me faisait un putain d’effet. Il faut croire que je ne me sentait pas non plus à ma place. Je n’en menais pas large.

Découragement

Généralement, les D.A étaient plutôt intéressés. Certains gardaient des traces de mes boulots, d’autres m’assuraient qu’on bosserait dans les prochains mois. Ils ne connaissaient pas encore la nature du projet, mais ça allait arriver.

Ils ont dû perdre mes coordonnés.

Les mois passaient et personne ne rappelaient. Là je reconnais que j’ai commencé à douter. Comme on dit dans le jargon de l’illustration ou ailleurs, j’avais quand même bien les boules ! Et repenser à cette période difficile n’est pas forcément une chose agréable. Car, ne plus croire en soi, c’est l’échec assuré. Et c’est bien ce qui se profilait pour moi.

Première commande en tant qu’illustrateur

Pourtant, avec sans doute un peu de chance, j’ai fini par rencontrer la bonne personne, un directeur artistique qui a su me faire confiance. Merci Robert Barret !

j’ai commencé par des plaquettes institutionnelles, pour Carrefour. Je pense vraiment que les grands formats au pastel, ce n’était pas une bonne idée. Mais je me suis débrouillé, et le résultat fut satisfaisant.

Illustrateur pour Carrefour
Illustrateur pour Carrefour en France

Chaque mois, des articles à illustrer

Très vite on m’a proposé d’illustrer des articles pour, cette fois-ci le journal de Carrefour, distribué tous les mois dans leurs hypermarchés, ainsi qu’aux clients abonnés. Pour la première fois, mes grands-parents découvraient mon travail imprimé. De les voir fiers de moi m’a rendu très heureux, et m’a redonné confiance.

J’ai travaillé pour ce journal pendant plusieurs années. Ca a été une très bonne école, car ce n’était pas toujours facile, il fallait être inspiré.

C’est vraiment à ce moment là que j’ai appris à illustrer un article, qu’on m’envoyait alors…. par fax ! Et oui !

Pas très sûr de moi, j’avais pris l’habitude de leur envoyer parfois 8 à 10 roughs pour un même dessin, ce qui était beaucoup. Car un client s’habitue très vite et ne comprend pas quand la fois suivante il y en a beaucoup moins.
Mais du coup, c’est devenu bien plus facile par la suite, j’étais rodé.

Ma période Pastel de ma vie professionnelle aura duré peu de temps.Très vite, on m’a proposé de l’abandonner lorsque je suis passé au dessin mensuel pour le journal. Il a fallu trouver un nouveau style, plus adapté à ce qu’on me demandait.
Le premier dessin n’était pas franchement concluant, mais avec le temps, je l’ai doucement fait évolué pour me sentir enfin, suffisamment à l’aise pour y trouver du plaisir.

Mes illustrations pour Carrefour étaient signées Carlito, nom du personnage joué par Al Pacino dans Carlito’s way (L’impasse).
On se raconte les films qu’on veut quand on est freelance !

Illustrateur de dessin vectoriel

Comme je ne bosse pas encore suffisamment en tant qu’illustrateur freelance, je trouve un job dans une boite spécialisée dans le multimédia. C’est l’époque des CD-ROMS et du Cyberespace. Internet fascine et tout le monde veut en être. Je me retrouve propulser infographiste dont ma principale responsabilité consiste à réaliser la charte graphique des sites, la création de logos et mascottes, ainsi que des bannières. Je me familiarise rapidement avec les outils informatiques tels que Photoshop, Illustrator et Flash. Mais ma préférence se porte sur le logiciel de dessin vectoriel.

Adobe Illustrator

Je décèle très vite le potentiel d’Illustrator et ce qu’il peu m’apporter. Ce qu’on me demande de faire est un boulot de graphiste, moi je m’empare du logiciel d’Adobe pour en faire mon principal outil d’illustrateur.

A la pause je commence à dessiner des personnages à l’aspect graphique, composés principalement de formes et de lignes. L’outil plume et les courbes de Bézier n’ont alors plus aucun secret pour moi.

Nous sommes peu de dessinateurs à nous tourner vers l’ordinateur. Les autres préfèrent encore l’odeur de la gouache et la sensualité du papier. Ils y viendront un peu plus tard. En attendant, moi je m’engouffre dans la brèche.

Une personne m’inspire à cette époque, il s’agit de J. Otto Seibold.

OXOlaterre illustrateur
Un selfie de 1999, heureux d’avoir acheté mon premier Mac

Premier ordinateur

C’est juste avant le passage de l’an 2000 et de la menace d’un bug informatique, que je me décide enfin à acheter mon premier ordinateur, le Mac G3 bleu et blanc.
Je deviens rapidement par la même occasion très fan d’Apple. Pour preuve je me déplace jusqu’à Paris pour assister à une Keynote présentée par Steve Jobs à l’Apple Expo de Paris, Porte de Versailles.

Steve Jobs n’a pas encore en France l’aura et la notoriété qu’il aura par la suite, je ne me suis donc pas écrié « Oh putain de merde, STEVE JOBS est sur scène !!!! ».

Je crois au contraire me souvenir être resté très sage sur mon fauteuil, mais néanmoins impressionné par la prestation.

Comment j’ai créé mon identité visuelle

Comme j’avais bien l’intention de me détacher de ce que j’avais accompli jusqu’à maintenant, je me suis empressé de trouver un nouveau pseudo, « OXO la terre », tiré tout droit d’un dialogue de la La soupe aux choux. Mais si, le film avec De Funès, Carmet, et Villeret ! La Denrée, ça ne vous dit toujours rien ? Pourquoi ce choix, parce que je trouvais que ça sonnait bien, et aussi parce que ça mettait un peu d’autodérision dans ce que je faisais. Il y a tellement d’illustrateurs prétentieux que je ne voulais surtout pas être perçu ainsi. Je reconnais finalement que c’était un peu casse-gueule comme discours et qu’il est toujours préférable d’être pris très au sérieux !

Logo et mascotte

J’ai créé mon propre logo, ainsi que ma mascotte, un personnage en noir et blanc, court sur pattes, les cheveux redressés en l’air, qui se balade dans une fusée au style graphique.

Pseudo d'illustrateur
OXO la terre illustrateur

Mon portfolio en ligne

Avec un pote programmeur, on a mis en place mon premier site internet.
Si j’ai créé de mes propres mains le site ici présent, ça m’était tout simplement impossible à l’époque. WordPress n’existant pas encore. C’était donc bien pratique quand on connaissait une personne qui maitrisait le html.

Je bossais sur l’aspect graphique, lui gérait la partie intégration.

J’ai mis en place de petites animations sur le logiciel Flash. Les boutons étaient animés, des sons sympas s’activaient au moindre clic.

On a tellement fait du bon boulot que le magazine SVM Mac dont j’étais devenu un fidèle lecteur, en a parlé dans ses pages.

Peut-être qu’aujourd’hui on trouverait ça assez moyen, mais ce dont j’étais particulièrement fier c’était d’avoir pensé ma communication dans sa globalité. Mon site était conçu comme une invitation à un voyage, et à la découverte d’un univers, le mien.

Mon style semble décidément coller à l’air du temps puisque le magazine Computer Arts me contacte alors pour une interview et consacre plusieurs pages à mon travail d’illustrateur.

Illustrateur dans le magazine Computer Arts
Portrait de l’illustrateur OXO La Terre dans le magazine Computer Arts

Avec donc un nouveau style, un nouveau pseudo, et un intérêt que semblent me porter certains professionnels, je me sens pousser des ailes. Je fais l’acquisition d’un portfolio, cette fois-ci à taille humaine, du moins à mon échelle, et je retourne démarcher les agences de presse.
Toute cette énergie dépensées finit par porter ses fruits, mais pas de la manière que j’avais imaginé.

Trouver un agent

Une agence que j’avais démarché et qui s’occupait d’un magazine de design a parlé de mon travail a un agent d’illustrateurs qui m’a aussitôt contacté. Grâce à elle, j’ai trouvé le plan de mes rêves. Pour l’agence de pub BETC Euro RSCG, il m’a été demandé de créer le design des personnages de la campagne Système U, qui allait passer pendant plusieurs semaines sur les chaînes de télé, avant des programmes ciblés.

Illustrateur pour Super U
Illustrateur pour Super U

J’étais aux anges, et ça reste le souvenir d’une belle expérience. Le budget était conséquent, le travail a été passionnant. Je me suis uniquement occupé de la partie dessin, alors que le studio d’animation JSBC gérait la partie motion design.

Mes parents étaient un peu rassurés.

Illustrateur à plein temps

J’acquérais soudain un statut un peu plus bankable, c’est ce qui m’a permis d’intégrer l’agence d’illustrateurs LEZILUS. C’est avec elle, et pendant plus de dix ans que je vais pouvoir participer à des projets aussi divers que la création de Gaby, la mascotte des distributeurs de la BNP,

Illustrateur pour la BNP
Illustrateur pour la BNP

Mais ça ne veut pas dire pour autant que les années qui ont suivi ont été un long fleuve tranquille. Etre illustrateur freelance c’est être dépendant d’une demande, et surtout d’une envie. Il faut que le style graphique corresponde à un projet, et ce n’est évidement pas toujours le cas. Mes dessins vont coller parfaitement à un type de commande, mais seront refusés pour une raison toute aussi valable. Je n’ai jamais fait parti des illustrateurs qui ont régulièrement du travail. Mais les boulots sur lesquels j’ai travaillé, bien que sporadiques, ont souvent été plus intéressants, financièrement et artistiquement.

Pendant donc de longues années, je vais être illustrateur spécialisé dans le dessin vectoriel.

Place au doute

Jusqu’au moment où les clients se sont fait plus rares et les commandes se sont considérablement espacés. Le vent tournait et je ne m’en rendais pas vraiment compte.
Mon style s’est sans doute quelque peu démodé avec le temps, et il faut bien dire que nous étions de plus en plus nombreux à travailler sur illustrator.

Le monde change, évolue, et vous devez bouger avec lui.

Si les clients se sont désintéressé de mon travail, je crois être honnête en disant qu’il en a été de même pour moi. Je me suis détourné du dessin. J’ai eu ma période photographie. Les dessinateurs ne m’intéressaient plus, alors que j’étais en admiration devant le travail des photographes. J’ai donc passé beaucoup plus de temps à photographier qu’à dessiner.
Et puis comme si ce n’était pas suffisant, j’ai enchainé avec le montage vidéo, en me formant sur le logiciel d’Apple, Final Cut Pro X, ainsi que sur After Effects.

Toutes ces nouvelles connaissances n’ont évidemment pas été inutiles. FCPX et After Effects m’ont permis de réaliser des animations de commandes.
Et il me parait normal de se former et d’apprendre de nouvelles choses pour s’ouvrir à de nouvelles pratiques. Mais il faut bien reconnaitre que le dessin n’était alors plus ma priorité.

Remise en question

Mon agent ne me donnait plus guère de ses nouvelles, jusqu’au jour où il m’a contacté pour m’expliquer vouloir se séparer de certains illustrateurs, et qu’en gros, je faisais partie de l’équipe sur le départ.

Même si de toute façon il ne me trouvait plus aucun boulot en illustration, j’ai quand même pris la nouvelle comme un gros coup de massue dans la tronche. Car autant être honnête, dans ces moments-là, tu te mens à toi même. Un peu comme quand ça ne fonctionne plus dans un couple. Tu sais au fond de toi que c’est déjà mort, mais quand c’est ta partenaire qui t’annonce qu’elle te quitte, tu n’arrives plus à en comprendre les raisons.
Même si ça saute aux yeux.

Autant se rendre à l’évidence, ça fait aussi partie du jeu. Quand tu rapportes du boulot à ton agent, tu es extrêmement talentueux et il ne se prive pas de te le rappeler. Mais quand tu ne ramènes plus aucun contrat, tu seras vite remplacé. C’est cruel mais c’est ainsi.

Et puis avec le recul, tu réalises que cette mauvaise passe t’a fait grandir. Sur le moment c’est moi perceptible, c’est vrai. Tu es quand même un peu groggy. Et tu ne sais surtout pas comment rebondir. Faut-il continuer avec le même dessin, mais avec un autre agent ?

Me remettre en question est la meilleure chose qui me soit arrivé.

Nouveau style, nouveau départ ?

Très rapidement j’ai senti qu’avec Illustrator, j’avais déjà beaucoup donné. J’en avais un peu marre du vectoriel. Même chez les autres ça ne m’intéressait plus.

Par contre, progressivement, en scrollant sur Tumblr ou Instagram j’ai commencé à flashé sur des illustrations plus traditionnelles. J’ai dû en avoir assez de la régularité de mon dessin. Par réaction, j’ai foncé dans l’autre sens. J’aimais désormais quand le trait était tremblotant, quand on y voyait les coups de pinceaux et les effets de matières.

J’ai repris les crayons. Et je me suis remis à dessiner. Beaucoup.

Même si je n’avais jamais laissé tomber complètement le dessin, il me fallait retrouver une écriture, un peu comme quand on cherche sa signature. Et pour ça, il n’y a pas d’autre secret, il faut que le main se détende davantage.

Croquis

Alors il faut beaucoup pratiquer.

Je remettais à nouveau les pieds dans les magasins de matériels de dessin. J’y achetai des crayons de toutes les sortes, crayons feutres, crayons de couleurs, crayons secs ou gras, et multipliais les couleurs.

Il est normal d’évoluer. Parfois les circonstances vous poussent à le faire. Pour limiter les ennuis, j’aurais certainement préféré continuer mes dessins sous illustrator, sans avoir à me poser davantage de questions. Car soyons sérieux 5 minutes, c’est bien plus facile de ne pas avoir à se réinventer. La routine a aussi du bon.

Pour moi il était sans doute temps de passer à autre chose. A une autre phase. A un autre épisode.

Nouveau style
Nouveau style

De dessinateur au pastel à illustrateur sur iPad

Aujourd’hui j’ai retrouvé l’écran, mais pas celui de mon Mac. Je dessine désormais principalement sur iPad Pro. La phase « retour aux sources » n’a pas été inutile, bien au contraire. Il me semble essentiel d’en passer par là, de tester avec le traditionnel pour mieux faire la transition avec le dessin sur l’iPad, et particulièrement avec l’application Procreate.

Tout doucement, je commence à démarcher les clients, en leur proposant de nouvelles images. J’ai encore beaucoup à faire pour suffisamment nourrir mon book. J’ai également tenté d’approcher des agents d’illustrateurs, sans me limiter cette fois-ci à la France. J’aimerais beaucoup travailler pour les Etats-Unis.

C’est encore l’inconnu.

Et peut-être aussi je l’espère, un nouveau cycle !


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